Genèse d'une passion, ou mon coup de foudre pour Philip Lahm
Les
genèses, mythologies et autres récits des origines, c’est vraiment le fun. Je
me suis donc dit que la meilleure façon de lancer ce nouveau blogue, c’était de
vous raconter l’improbable épopée presque rocambolesque qui m’a mené au ballon
rond.
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Je
devais avoir 7 ans et déjà, je jouais au football – celui qui se joue avec les
mains. La saison estivale approchait à grands pas et, pour aucune raison
apparente, mon père avait décidé de m’inscrire aussi au football – celui qui se
joue avec les pieds. Par chez nous on appelait ça soccer ou, dans le cas de mes
grands-parents, ballon-coup-de-pied.
Mon
père m’a donc reconduit un beau matin au gymnase de mon école où se tenait une
espèce de camp de préparation à la saison.
Je
n’ai que 2 souvenirs de la pénible heure passée à pas avoir pouvoir attraper le
ballon dans mes mains et à courir à gauche et à droite comme une poule pas de
tête : j’étais vraiment très poche et je comprenais rien aux règlements
(je me souviens avoir été particulièrement embêté par la très complexe règle de
la rentrée de touche…).
Bref,
ce fut un échec lamentable et, à la fin de la séance, j’annonce à mon père que
j’haïs ça le soccer et qu’il faut qu’il me désinscrive absolument parce que
c’est vraiment un sport plate.
Ma
carrière de joueur dans une ligue organisée a donc duré une grosse heure, dans
le gymnase de la petite école d’une ville perdue sur le bord de la 40, au
milieu de l’année 1994.
Pendant
12 ans, j’ai continué à jouer au football canadien à 4 essais (celui qui est
joué au secondaire et au collégial dans notre belle province) sans jamais me
préoccuper de soccer. Je me souviens que de temps en temps à Sports30, ils
parlaient d’un certain « 11 montréalais », mais c’est à peu près tout. J’ai un
souvenir assez clair de la victoire du Super Bowl des 49ers de San Francisco en
94, ou du retour des Alouettes, ou même des années noires des Canadiens à la
fin du millénaire, mais j’ai beau chercher, je n’ai absolument aucun souvenir
d’avoir jamais regardé une seule minute d’un match de soccer quand j’étais petit.
Je m’étais fait une idée sur ce sport-là, et c’était pas positif.
***
Été
2006, ma carrière de footballeur-canadien-à-4-essais est terminée. Je végète
avec mon frère par un après-midi collant du début du mois de juin dans un
appart à la facture ma foi rudimentaire de l’est de Montréal. On décide d’aller
au club vidéo dans le but officiel de louer un jeu vidéo, mais aussi
officieusement pour profiter de leur air climatisé. On reste un bout de temps à
regarder les jeux, on est un peu tentés par le nouveau NCAA mais, finalement,
je sais pas qui de lui ou de moi arrête son choix sur un jeu de soccer, Pro
Évolution Soccer - PES pour les intimes. Je n’ai absolument aucune idée de la
raison de notre choix, mais toujours est-il que 15 minutes plus tard on joue un
gros match France-Angleterre et qu’on a bien du fun. Je commence à trouver que
c’est un sport pas pire, le soccer. En tout cas en jeu vidéo.
À
peine quelques jours plus tard, c’est le 9 juin. Je travaille comme commis-esclave
à l’épicerie Métro du coin et je vais diner à l’appart le midi. Je m’écrase en
soupirant devant la télé et, quand je l’ouvre ça tombe sur un match de soccer.
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Me semblait aussi que ça commençait bientôt, la Coupe du monde, j’vas jeter un
œil là-dessus, que je me suis surement dit.
C’est
un match Allemagne-Costa Rica. Je connais rien là-dedans donc je sais pas qui
est favori, comment ça marche les groupes ou les points, mais j’apprécie pas
mal le jeu, ça joue vite, il se passe tout le temps quelque chose et je suis vraiment
impressionné par le contrôle que les joueurs ont sur le ballon, on dirait qu’il
leur colle littéralement au pied.
À
un moment donné un petit gars de 5 pieds 2-3 prend le ballon sur le flanc
gauche. Il fait 3-4 pas avec, coupe un peu au centre, juste devant le grand
rectangle que je sais pas encore que ça s’appelle surface de réparation, et il
te laisse partir un de ces shots de malade qui se ramasse dans le top corner du
côté droit du but. Je dois avouer qu’à ce moment-là, j’ai ressenti une petite
émotion. Encore aujourd’hui, comme drette-là que je suis allé revoir le but sur
youtube, j’ai des frissons.
Me
semblait que le monde disait qu’il y en avait jamais des buts, au soccer.
Pourtant, je venais de voir un p’tit bonhomme en scorer un simonac de beau. Le
match a fini 4-2 Allemagne et Philip Lahm est devenu mon premier joueur
préféré. Son but, c’est un peu comme le Big Bang de mon univers footballistique
(mettons).
Un
mois plus tard, le lendemain de la finale perdue par la France contre l’Italie,
j’avais un nouveau sport préféré. Je m’étais même acheté un ballon. Entre les
matchs, moi et mon frère on allait se faire des séances de penalties au parc
pas loin de chez nous.
Après
ça je me suis dit que j’allais suivre la saison régulière en me concentrant sur
les équipes des joueurs que j’avais appris à connaître pendant la Coupe du
monde - j’avais juste pas encore réalisé qu’y avait environ 589 000 ligues
dans le monde et qu’au câble ordinaire il y en avait pas tant, des matchs de
soccer. Ça se résumait à un match de Ligue des champions de temps en temps et à
TV5, où c’était souvent un Toulouse-Sedan pas toujours bien excitant (c’est
quand même là que j’ai découvert l’OM).
Un
moment donné je me suis dit que, tant qu’à suivre des petites équipes de
l’autre bord de l’océan, je pourrais aussi commencer à suivre l’équipe de ma
ville. Dans le temps l’Impact jouait encore au centre Claude-Robillard mais le
Stade Saputo était déjà dans les plans me semble. En tout cas, la saison 2007
je l’ai suivie de loin, à la télé et dans les bulletins sportifs, mais je
m’étais promis d’aller les voir quand ils commenceraient à jouer dans leur
nouveau stade.
Le
19 mai 2008, il faisait un temps de marde, frette et pluie, mais je me suis
quand même rendu aux abords du Stade olympique pour voir de quoi ça avait l’air
en vrai, du soccer. À 20 ans, j’avais encore jamais vu ça. Ils donnaient un
foulard de l’Impact à l’entrée et,avec ça noué au cou, en plus de la pluie et
du vent, dans un petit stade rempli du chant des ultras que je découvrais, je
me disais que ça devait ressembler à ça, être un Anglais du Yorkshire qui va
encourager son équipe de 3e division. Ça m’enthousiasmait pas mal.
Le
match contre Vancouver a fini 0-0, j’ai jamais eu frette de même de ma vie mais
j’ai eu un fun noir. J’aurais pu les regarder jouer 6 heures de temps sans
qu’il y ait de but, ce qui m’impressionnait c’était le contrôle du ballon, les
appels de balle, les coups de tête, les slides, l’effet sur les coups francs,
les feintes de corps, la protection du ballon. Il m’avait semblé qu’il se
passait un million de petites choses en même temps sur et en dehors du terrain,
les chants des ultras, l’échauffement des réservistes, les juges de touche qui
couraient comme des bons pour suivre la ligne des défenseurs sur une
contre-attaque, les alentours de la 60e minutes où les changements
commençaient à se faire, le goaler qui met 40 ans à placer son esti de ballon
avant de juste le kicker dans le tas au milieu du terrain, tout ça m’avait
captivé. J’avais la chance d’avoir une équipe dans ma ville, dans un beau petit
stade et, en plus, ça coûtait juste 10 piasses pour entrer.
Depuis
ce jour-là, le soccer en général et l’Impact en particulier sont graduellement
devenus plus importants à mes yeux que les Canadiens, les Alouettes, les 49ers
ou les Fighting Irish.
C’est
quand même le fun de voir à quel point le soccer a évolué en aussi peu de temps
ici, j’imagine même pas ce que ça doit être pour les irréductibles qui suivent
l’Impact depuis 93 ou même ceux qui ont connu le Manic dans le temps. Depuis
2008, j’ai connu un championnat, 2 belles aventures en Ligue des champions, un
but à la 94e minutes d’un match de demi-finale, les streamings de
qualité discutable de Radio-Canada, les terrains laittes d’équipes comme les
Aztex d’Austin et le Crystal Palace Baltimore, les Whitecaps, les Sounders et
les Timbers avant qu’ils soient dans la MLS, Zanzan et Luke Kreamalmeyer, mais
aussi Leo DiLorenzo et Ali Gerba, l’arrivée en MLS, les foules de 3000
personnes mais aussi de 60 000, beaucoup trop de coaches différents, bref,
je me suis pas ennuyé une seconde.
J’espère
vraiment continuer à vibrer autant pour cette équipe et ce sport dans les
années à venir. Ce blogue est en quelque sorte une façon de partager ma passion
avec les quelques personnes qui le liront peut-être.
Bon,
c’était pas tant une épopée, mais je pense que ce que je voulais dire, c’est que je suis content d’être tombé par
hasard en amour avec ce sport-là. Rien, mais vraiment rien ne m’y destinait
avant mon coup de foudre pour Philip Lahm.
Au
plaisir de vous entretenir de ballon rond le plus souvent possible!